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Bouna Ndiaye - «Ma vie est un film» - BASKET LE MAG

“Raconter ma vie, il y en a pour cinquante-six heures ! Tu es prêt ?”, lance Bouna Ndiaye, co-fondateur de l’agence Comsport, qui représente Rudy Gobert, Nicolas Batum, Evan Fournier, Ian Mahinmi… Il plaisante à peine. De son enfance au Sénégal à son quotidien aux États-Unis, en passant par l’adolescence en banlieue parisienne, ses débuts dans le métier, le racisme latent et le dénigrement permanent, voici le parcours de l’agent numéro 1 du basket français.

 

Propos recueillis par Yann CASSEVILLE

 

“Je suis né en Gambie, c’est un pays dans le pays au Sénégal. Je n’y suis pas resté longtemps, j’ai grandi au Sénégal. On suivait mon père qui bougeait beaucoup par rapport à son boulot (entrepreneur et diplomate). À un moment, on a arrêté l’école pour passer aux cours par correspondance. Ensuite, j’ai rejoint le collège avant d’émigrer en France, vers 14 ans. Le Sénégal garde une place très importante pour moi. J’ai des tas de bons souvenirs. Avec les cours par correspondance, on n’avait pas cours l’après-midi, c’était super ! (Il rit) Je n’ai pas eu du tout une mauvaise enfance. J’étais plutôt un privilégié, contrairement à ce que j’ai vécu en France.
Quand on est arrivé en France, c’était un changement de vie total. Avec mes frères et sœurs, on est venu avec notre mère, et comme elle n’avait pas de boulot, on n’avait rien. On était éparpillé, chacun vivait chez un tonton ou une tante. Le premier logement que ma mère a eu, c’était dans la merde (il rit) : Grigny (Essonne), la Grande Borne (une cité). Avant d’arriver ici, j’étais entre guillemets un privilégié, alors que là, je n’étais pas à la rue non plus, mais quand tu vois la banlieue, ce qu’il s’y passe… C’est un choc. C’était un melting-pot de nationalités, mais un melting-pot uniquement avec des étrangers. Il y a des quartiers arabes, portugais, maliens, africains… Il y avait bien sûr des familles françaises, mais très peu. Le quotidien là-bas est précaire.
Avec mes frères et sœurs, on a eu une éducation parfaite, on ne traînait pas. L’importance des études a toujours été le sujet numéro un de mes parents, notamment de ma mère. Elle ne rigolait pas avec ça. Quand je suis arrivé en France, j’étais meilleur que les autres en français ! (Il rit) Pour moi, le niveau scolaire au Sénégal est plus fort qu’en France. En ortographe, j’étais meilleur que pas mal de monde, et j’étais plutôt scientifique, bon en maths, j’ai fait un bac scientifique. Du collège de Grigny, pour passer au lycée à Savigny-sur-Orges, c’était la lutte. Les gamins de Grigny allaient en BEP, CAP, apprentissage, donc le lycée ne les acceptait pas. Il a fallu que ma mère insiste : “Regardez, il a des bonnes notes !” Ça m’a marqué. Savoir que les chances sont limitées : quand tu viens de Grigny, la Grande Borne, tu ne vas pas au lycée Corot de Savigny, où tu as tous les petits bourges. Je n’ai pas eu un sentiment de révolte, plutôt une envie de dire : il faut sortir de ça, et pour ça, il faut bosser. J’ai toujours été bosseur, j’ai vu ma mère et mon père être super actifs. Mais tout en manquant de plein de choses, parce que tu ne peux pas t’acheter des chaussures pour le basket, aller au cinéma, acheter ci, ça…

Coéquipier de George Eddy

Je ne savais pas ce que je voulais faire comme métier. J’ai commencé à jouer au basket un an après mon arrivée en France. J’ai commencé à entraîner avant même de jouer ! J’entraînais les jeunes de la rue, dont mes deux frères, pour ne pas qu’ils traînent. La mairie m’a donné des tables, des ballons, etc. Je rêvais de jouer en NBA. C’était l’époque Jordan, mais je regardais aussi Petrović, Divac, tout le basket européen. J’ai pris le virus, je vivais basket 24h/24, je jouais tous les jours sur le playground. J’ai quasiment joué à tous les niveaux du championnat de France, sauf en Pro A, à l’époque Nationale 1. Je suis allé de la première série jusqu’à la Nationale 2, en montant chaque année. Un coach a changé ma vie : Gérard Saurat. Pendant trois ans, il est venu me chercher dans la cité trois fois par semaine pour m’emmener et me ramener de l’entraînement à Sainte-Geneviève, à vingt-cinq minutes en voiture. Il m’a inculqué le basket, m’a appris à réfléchir basket, il allait voir les EuroBasket et me parlait des Kukoč, Petrović… Il a accentué mon virus du basket. Il est venu me recruter, on était en première série, on est monté jusqu’en Excellence, ensuite je suis parti et je suis monté tous les ans pendant presque dix ans. J’ai commencé intérieur et fini meneur. Le plus haut niveau, c’était au Vésinet en N2, avec George Eddy, Karim Ouattara, Mustapha N’Doye.
Très rapidement, j’ai gagné de l’argent, mais en même temps j’étais toujours à la fac. J’avais ces paroles de ma mère : “Le basket, c’est bien beau, mais l’école avant”. J’ai eu une maîtrise de gestion à la Sorbonne, ensuite j’ai commencé un DESS de contrôle de gestion que je n’ai jamais terminé parce qu’entretemps j’ai eu un job. Je jonglais entre basket et études. J’étais en résidence universitaire, maman avait un petit salaire, on était plusieurs enfants, donc il fallait se débrouiller. Pour gagner de l’argent, j’ai travaillé au marché à Grigny les dimanches, fait du marteau-piqueur, nettoyé les avions à Roissy, travaillé dans une banque à faire la paperasse… J’étais inscrit à l’intérim, la nana qui gérait ça était ma copine, donc je m’occupais d’elle et elle s’occupait de moi ! (Il rit) Faire plein de petits boulots, ça sert. Après la fac, j’ai bossé trois-quatre ans comme contrôleur de gestion avec une boîte anglaise vers Orly. Mais le virus basket avait pris de la place. Même au travail, à faire la compta, je pensais tout le temps au basket.

1995, les débuts

En 1995, j’ai monté une SARL de presse et créé les premiers guides du basket. Je faisais tout moi-même, j’appelais les 400 clubs de France, je récupérais les informations. Les clubs ne répondaient pas, je les harcelais, j’ai mis six mois à faire le premier. Donc j’avais plein de contacts avec tous les clubs, et comme je jouais en playground et en club, j’avais aussi plein de contacts avec les joueurs. Certains clubs me disaient rechercher tel poste et je les mettais en relation avec des joueurs. J’ai placé des centaines de joueurs, et sans prendre d’argent. George Eddy m’a dit : “Tu devrais être agent ! C’est toi qui fais les équipes de Trappes, Versailles, du Vésinet…” En fait, j’avais déjà commencé à être agent sauf que je n’étais pas rémunéré. J’ai décidé de l’être officiellement, je suis allé faire mon récépicé à la direction de la jeunesse et des sports et en 1995, j’ai commencé. Ensuite, avec Jérémy (Medjana), on a créé Comsport. David Falk (agent de Michael Jordan), l’un des plus grands agents de tous les temps, a été l’inspiration. Quand les Bulls sont venus à Paris en 1997, j’ai réussi à entrer à l’hôtel, je suis allé le voir, je me suis présenté, j’ai dit que je rêvais d’être aussi fort que lui. Il m’a offert un cigare, je lui ai demandé des conseils. Ensuite, j’ai découvert Pape Diouf grâce à la presse. Ce qu’il faisait, c’était exactement ce que j’avais envie de faire : développer des relations avec les joueurs, gagner leur confiance, ne pas avoir de contrat.
À l’époque, les deux agents au top étaient Didier Rose et Philippe Ruquet, mais je me disais qu’il y avait la place – il y a toujours de la place pour les travailleurs – et que j’apportais une nouvelle manière de gérer le joueur, avec une proximité, un relationnel. Donc je me suis battu. C’est dur pour rentrer, pour parler aux clubs. Les mecs te claquent la porte au nez, ils n’ont pas envie de parler avec le mec qu’on appelle Bwana… J’ai eu des étiquettes : agent de banlieue, agent illettré. Alors que j’étais aussi bien voire mieux éduqué que les autres agents, et je n’avais pas qu’une clientèle black, j’avais aussi Fabien Dubos, Cédric Ferchaud… C’est le joueur qui m’intéresse, je me fous de la race. Quand tu viens de la banlieue, tu as un look, une couleur de peau, on te ramène toujours à la banlieue. Il y a eu un article où le titre était “Agent de banlieue”. Je l’ai gardé, ça m’avait choqué. J’ai entendu plein de fois : “Ici tu n’es pas dans ta banlieue, tu te crois où ?”

Le raté de la draft 2000

Il y a deux joueurs qui m’ont permis d’être reconnu, Mansour Thiam – le premier de l’INSEP à me faire confiance, je l’ai placé à Levallois, ça a donné les Cardiac Kids – et Makan Dioumassi. En 2000, il a joué la finale des JO, on a cassé son contrat au Mans, il est parti gagner trois ou quatre fois plus à Trieste. On a essayé de représenter Tony Parker, je me suis rapproché de son père, mais on n’était pas prêt. Au départ, on pense NBA, parce qu’on en rêve tous, mais il fallait d’abord qu’on ait les joueurs en France. On a commencé à se structurer, à démarcher. Après les JO, Makan nous a aidés à signer Sacha Giffa, Fred Nkembé, la génération des Cardiac Kids. J’avais la fibre des joueurs de la région parisienne, et j’ai cultivé une fibre africaine. En 1997 je suis allé à la CAN au Sénégal, j’ai démarché des joueurs, ils m’ont refoulé parce que je commençais, donc je me suis dit que j’allais me concentrer sur la France. L’INSEP avait les meilleurs joueurs donc on s’est concentré sur l’INSEP. On a signé les deux meilleurs de l’INSEP tout le temps ou presque : Jean-Philippe Tailleman, Matthieu Forget, Fabien Dubos, David Gautier… C’est comme ça qu’on a grandi, jusqu’à la draft 2000.
Cette année-là, je pouvais avoir trois joueurs, mais je n’avais pas de licence NBA. Je suis allé voir Paco Belhacen, l’agent de Tariq Abdul-Wahad : “Paco, on peut avoir trois joueurs”. Il s’agissait de Mamadou N’Diaye, Soumaila Samake – avec Jérémy on s’était occupé de lui dans les tournois, on lui avait acheté ses premières baskets – et Olumide Eyedeji – je l’avais vu à la CAN, il était jeune et ne jouait pas, mais je l’avais repéré sur les playgrounds. Mais Paco ne m’a pas écouté. Les trois ont été draftés. J’étais sur mon canapé, je suivais la draft, frustré comme un fou. Après, Paco m’a dit: “Les prochains, on ne va pas les rater. Il y a qui en France ?” J’ai répondu Mous Sonko. On est allé à Villeurbanne, après un match on a mangé avec Jim Bilba et Mous Sonko, et le soir-même on les a signés. Jim est parti à l’AEK Athènes, Mous a fait les ligues d’été NBA mais n’a pas eu de contrat garanti donc est allé à Malaga. Paco ne m’a jamais payé, ni sur l’un ni sur l’autre. J’ai relancé, relancé, et au bout d’un an je me suis dit : “Tu ne peux avoir confiance en personne à part toi-même, donc va faire ta licence NBA toi-même”. Et je suis parti faire ma licence NBA. Le premier joueur, c’est Didier Mbenga en 2004, et en 2005 on a Turiaf, Gelabale et Mahinimi à la draft, sachant qu’on avait perdu Pétro deux mois avant. À ce moment, j’allais aux États-Unis tout le temps, ma femme m’a dit : “Tu ne peux pas continuer comme ça”. Depuis 2007, je vis à Dallas.

Le tournant, Batum 2012

Le dénigrement, j’ai grandi avec en France, et aux États-Unis, on était complètement dénigré. Des agents américains disaient que je ne savais pas parler anglais, que je ne connaissais rien, aucun GM, que je n’envoyais pas de vidéos de mes joueurs aux équipes, que j’avais acheté ma licence au black… Que des conneries ! Quand on avait Pétro, un scout, qui à mon avis était maqué avec un agent, est venu lui dire : “Je suis scout, je n’ai jamais entendu parler de ton agent, on n’a jamais reçu de vidéo de toi”. Un jour, avec Jérémy on est allé dans la maison de Pétro et il y avait deux agents américains. L’un d’eux, Bill McCandless, disait aux parents de Pétro : “Votre agent français ne connaît même pas cinq GM ou cinq villes aux États-Unis”. Et il a dit : “Tu crois que tu vas gérer des joueurs depuis la France ? Tu rêves !” Je me suis levé et je suis parti. Je l’ai revu quelques années après, je devais à ce moment avoir cinq-six joueurs, lui un ou zéro, je lui ai dit : “Je te remercie, grâce à toi maintenant je connais très bien les cinq GM !” Jusqu’à il y a encore deux-trois ans, on était complètement dénigré, partout. C’était une source de motivation. Le tournant, c’est le contrat de Batum en 2012. On a été performant. Cet été-là, Stephen Curry, c’est 44 M$, Gallinari 42, et le plus gros contrat des arrières-ailiers, c’est Batum, 46,5.
Sur les premiers contrats NBA, tu ne gagnes pas d’argent, tu en perds, tu t’endettes ; notre société a été en redressement judiciaire pendant six ans, à Comsport on a galéré pendant dix-douze ans avant d’en vivre correctement. Aujourd’hui, on représente environ une trentaine de joueurs en Pro A, peut-être un peu plus avec les étrangers via nos partenaires, et une trentaine de joueuses. Je suis sollicité par beaucoup de joueurs NBA. Jusqu’à présent je n’ai pas voulu me positionner parce que les joueurs français m’avaient donné toute leur confiance et en prenant trop de joueurs, je n’aurais pas pu être performant. Quand Evan Turner, qui m’avait sollicité, signe pour 70 M$ à Portland, je me dis : “Merde, aurais-je fait une erreur ?” (Il rit) Mais je ne regrette pas parce que j’ai été performant sur les contrats de Nico, Rudy (Gobert), Evan (Fournier), Ian (Mahinmi) car j’étais concentré sur ces dossiers. Négocier des contrats à 100 M$, c’est un vrai film. Ma vie est un film ! D’ailleurs, il y a un film sur ma vie, mes aventures, d’où je viens, qui va bientôt sortir.

Au travail 24h/24

Aux États-Unis, les boites sont multisports, je me suis dit que ce serait bien d’avoir un département foot qui cartonne aussi. Mais on en est très loin. Mon activité foot est très réduite. Le football est un monde à part. La grande différence est que la NBA est très bien règlementée, tu n’as jamais deux-trois agents sur un contrat, alors qu’au foot, il y a cinquante réglementations différentes. En Angleterre, tu peux représenter les trois parties : les deux clubs qui veulent s’échanger un joueur et le joueur ! Cela dit, c’est mieux que le merdier d’aujourd’hui, avec le mec qui n’a pas de licence, qui est le pote du joueur, ou le frère, et au final, il y a zéro loyauté. Il y a quelques belles histoires mais beaucoup de mecs se font avoir tout le temps dès qu’il y a de l’argent.
Agent, c’est du réseau, des voyages non-stop, je téléphone tout le temps, je suis difficile à joindre car je suis toujours dans un avion, ma messagerie est pleine depuis dix ans et je n’écoute même plus mes messages. C’est un métier complexe et passionnant qui ne s’arrête jamais. Certains me demandent comment je fais, hier soir ma femme m’a dit : “Il faut qu’on parle. Tu ne prendras plus un vol si tu ne dors pas plus de cinq-six heures”. En même temps, je suis comme ça, toujours à fond, je vis, je respire basket. J’étais au championnat d’Europe des jeunes récemment, on me disait : “Avec ton argent qu’est-ce que tu fais là ? Envoie tes assistants !” Mais j’aime ça. Plein d’agents ne le sont pas, moi je suis un passionné.”

Article extrait du numéro 11 de Basket Le Mag