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Le basket grec - Toujours autant de passion - BASKET LE MAG

La crise a fortement appauvri le basket grec. Pourtant, il continue d’exister. Ses deux ogres brillent en Euroleague, ses équipes pratiquent un jeu toujours aussi caractéristique, ses fans continuent de hurler l’amour de leur club. Une histoire de culture et de tradition.

 

Par Yann CASSEVILLE

 

Dans les années 1990, de par ses résultats (Panathinaïkós vainqueur de l’Euroleague en 1996, Olympiakós sacré en 1997, AEK finaliste en 1998) et ses moyens financiers, la ligue grecque pouvait prétendre dominer l’Europe. Deux décennies plus tard, au dernier classement des championnats réalisé par Eurohoops, publié cet automne, la Grèce arrive en septième position, devancée par l’Espagne, la Turquie, la VTB League, l’Allemagne, l’Italie et la France. La crise est passée par là. Pour autant, le basket grec n’est pas mort. État des lieux, avec le témoignage d’un expert : Angelo Tsagarakis, l’arrière franco-grec, qui après avoir joué huit saisons en LNB a rejoint la Grèce en 2016. Il a passé une saison à Trikala et porte désormais le maillot de Kymis.

Économie

De la période dorée à la vache maigre

Dominique Wilkins disait vivre comme un roi lors de sa saison 1995-96 au Panathinaïkós : 4,5 M$ de salaire, net d’impôt bien sûr, une maison de quatre étages, deux voitures, une femme de chambre. En 2008, Josh Childress paraphait un contrat de 20 M$ sur trois ans avec l’Olympiakós, appartement, voiture et chef cuisinier en bonus. Aujourd’hui, Panathinaïkós et Olympiakós, dont les propriétaires font partie de l’élite financière grecque, demeurent des mastodontes européens, à la puissance financière sans commune mesure avec leurs concurrents nationaux. “Derrière, l’AEK suit avec un budget de 5-6 M€, et pour les autres, dans la plupart des cas ce sont des budgets supérieurs à 500 000 € mais inférieurs à 1 M€. Cela donnerait un salaire moyen entre 50 000 et 70 000 €”, estime une source grecque préférant conserver l’anonymat. Au temps de l’âge d’or, chaque club de première division recevait 1 M€ de droits TV. Cette saison, même si les chiffres officiels des revenus télé ne sont pas connus, Panathinaïkós, Olympiakós et AEK ont négocié des contrats séparés avec Cosmote TV ; les deux géants recevraient près de 2 M€, et l’AEK 1,3 M€. Les onze autres clubs de l’élite se partagent un contrat de 1,5 M€ de la télé publique, soit une moyenne de 135 000 € par club.

Angelo Tsagarakis
” À Trikala, on avait moins de 300 000 € de masse salariale “

” Il y a des difficultés économiques. Aris et PAOK, ce sont des équipes qui doivent de l’argent à la moitié de l’effectif chaque année. Je gagnais mieux ma vie en étant un fort joueur de Pro B qu’en venant en première division grecque. La saison dernière, à Trikala, le plus petit budget du championnat, on avait moins de 300 000 € de masse salariale, c’est le salaire d’un très bon joueur de Pro A. On avait dix pros, mais ceux qui finissent l’effectif touchaient une misère, des trucs indécents à l’échelle française, où même un espoir gagne mieux.
Tu gagnes moins qu’en France, mais tu as des à-côtés intéressants. Dans la quasi-totalité des clubs, tous les repas sont pris en compte. À Kymis, on a six-sept restaurants dans lesquels on peut manger gratuitement. Dans une majorité de clubs, les joueurs restent à l’hôtel toute l’année, donc tu as le petit-déjeuner. Et le midi et le soir, le restaurant. Athlète de haut niveau, c’est 600-700 € de nourriture par mois, donc en Grèce, à l’année, ça fait 7 000 € que tu ne dépenses pas.
Beaucoup de joueurs se disent : même si je vais gagner moins, je vais venir en Grèce, parce que ça reste un championnat fort, pour son histoire, son exposition ; la télé nationale diffuse trois matches par semaine. Et c’est un championnat où tu joues contre Panathinaïkós, Olympiakós. Et si tu es au PAOK, AEK, Aris, tu es respecté partout en Europe. Donc le championnat reste attractif.”

Championnat

À deux vitesses

À l’exception de l’AEK en 2002, Panathinaïkós et Olympiakós se partagent les titres de champion depuis 1993. Et cela fait onze ans que les deux ogres se retrouvent toujours en finale. Sur la scène européenne, depuis 2010, ils sont les seuls à représenter la Grèce en Euroleague tandis qu’en Eurocup aucun club grec n’a passé le deuxième tour. Depuis deux ans, la Grèce n’a plus d’équipe en Eurocup, et envoie AEK, Aris et PAOK en Champions League. La saison écoulée, tous trois furent éliminés en huitième de finale : le PAOK par Tenerife, futur champion, et les deux autres par des clubs français, Monaco pour l’AEK, l’ASVEL pour l’Aris. En dehors de ces cinq formations européennes, l’élite grecque compte neuf autres clubs pour un total de quatorze.

Angelo Tsagarakis
” C’est plus homogène en France “

” Le niveau de la A1 grecque est équivalent à la Pro A, voire un peu supérieur, parce que tu as deux ogres. Panathinaïkós et Olympiakós sont deux monstres, même à l’échelle européenne puisque l’Olympiakós était en finale de l’Euroleague et que le Panathinaïkós a perdu en quart. Derrière, avec PAOK, Aris et AEK, tu as trois équipes très solides, très difficiles à affronter chez elles, qui font les playoffs de Champions League et rivalisent avec les toutes meilleures équipes françaises. Ensuite, Promytheas Patras est une équipe qui monte, stable financièrement, un ton au-dessus de l’Aris et du PAOK. Donc ça fait déjà un Top 6 fort, avec deux locomotives surpuissantes.
En France, le très haut du tableau n’est pas aussi fort, mais c’est plus homogène. Tu as plus de bons clubs, un Top 10-11, des équipes qui se matraquent les unes avec les autres pour aller en playoffs. En Grèce, c’est plus à deux vitesses. Ce rythme convient à pas mal d’équipes. Des clubs comme Kolossos Rhodes ou Rethymno pourraient pousser plus pour rallier les compétitions européennes, mais je ne pense pas que financièrement ce soit viable pour eux, donc ils se contentent d’être en playoffs chaquée année, comme poils-à-gratter du championnat. Mais si on compare avec des équipes de Pro A, ce sont des clubs qui joueraient les 6-8e places.”

Jeu pratiqué

Parole à la défense

La saison passée, le nombre de points marqués par une équipe de première division grecque était de 73,7. En Europe, parmi les ligues majeures, seule l’Adriatique League affichait un plus faible total. Le basket grec ne fait pas la part belle aux attaques tout feu tout flamme, s’inscrivant au contraire dans une tradition plus européenne : défense collective, jeu placé sur demi-terrain. De quoi avoir très peu de joueurs dépassant la barre des 15 points. C’est aussi un basket de coach. Les entraîneurs sont fortement réputés pour leur savoir-faire tactique. D’ailleurs, ils sont nombreux à s’exporter, en témoignent les parcours actuels de Dimitris Itoudis, à la tête du CSKA Moscou depuis 2014, Geórgios Bartzókas, aujourd’hui au Khimki après avoir coaché Barcelone, Fótis Katsikáris, à Jérusalem après avoir sillonné l’Espagne (Valence, Bilbao, Murcia), et Dimitrios Priftis, sur le banc de Kazan.

Angelo Tsagarakis
” C’est un basket très cérébral “

” Ici, c’est très rugueux, ça part au combat, les joueurs softs ne survivent pas. Il se ressent une vraie culture basket, dans le coaching – il y a beaucoup de très bons coaches grecs – et la formation. Mon entraîneur à Kymis essaie au maximum d’avoir des entraînements avec au moins douze mecs, pour toujours être en cinq-contre-cinq. Alors qu’en France, quand il y a des blessés dans certaines équipes, il n’y a plus assez de joueurs. Et les espoirs servent juste à faire le nombre avec les pros. Ici, même si les jeunes ne jouent pas forcément durant le match, ils s’entraînent et restent après l’entraînement pour travailler individuellement pendant quarante-cinq minutes avec les assistants.
C’est un basket très cérébral. En comparaison avec la Pro A, qui a plus de qualités athlétiques, c’est le choc des deux mondes. Surtout, le scouting est très bon. On connaît les forces de l’adversaire et toute la semaine, on met en place un stratagème défensif pour réduire l’efficacité des joueurs. On a tous les systèmes adverses sur papier, un descriptif complet des tendances de chaque joueur – untel ira à droite sept fois sur dix -, tout est décrypté, même notre propre jeu. Parce que les coaches sont préparés pour l’adversaire et savent que l’adversaire se prépare pour eux, donc c’est très intellectuel. Il y a une vraie science du coaching dans la préparation.”

Joueurs locaux

Les Grecs font la différence

De la sélection nationale pour l’Euro 2017, en dehors de Ioánnis Bouroúsis (aujourd’hui en Chine), Kostas Sloúkas (Fenerbahçe) et Yórgos Papayiánnis (Sacramento), les neuf autres éléments évoluent dans le championnat national. Trois au Panathinaïkós (Nick Calathes, Níkos Pappás, Thanásis Antetokoúnmpo), six à l’Olympiakós (Yórgos Príntezis, Kóstas Papanikoláou, Yórgos Bógris, Vangélis Mántzaris, Dimítris Agravánis, Ioánnis Papapétrou). Ces deux formations d’Euroleague permettent au championnat de conserver ses meilleurs éléments locaux. Surtout, la réussite de ces clubs surpuissants repose sur la production des Grecs. L’Olympiakós a atteint la finale de l’Euroleague en donnant 58% du temps de jeu aux joueurs grecs et avec Príntezis et Vasílis Spanoúlis en meilleurs marqueurs. Quant au Panathinaïkós, ces atouts offensifs majeurs actuels se nomment Calathes et Pappás. En championnat, sur les dix derniers MVP de la saison, se trouvent huit Grecs, un Gabonais (Stéphane Lasme) et un Américain (Mike Batiste). Mais il existe bien sûr des clubs qui misent beaucoup sur les Américains, comme cette saison Koroivos, dont les cinq meilleurs marqueurs viennent d’outre-Atlantique.

Angelo Tsagarakis
” Aucun étranger en deuxième division”

” Comment expliquer que la Grèce reste compétitive alors que c’est un pays de dix millions d’habitants, bien plus petit que l’Espagne et qui n’a pas le potentiel athlétique de la France ? Il y a cette culture qu’ont les joueurs grecs. Ils n’ont peur de rien, c’est dans leur ADN. Níkos Pappás, c’est le prototype même du joueur grec. Il ne doute pas. Alors c’est sûr, ça a des bons et des mauvais côtés. Les Grecs sont capables de se mettre sur la gueule dans la même équipe, on l’a vu cet été avant le début de l’Euro. Mais derrière, ils sont aussi capables de sortir un huitième d’anthologie pour éliminer la Lituanie. Le joueur grec a une rélle confiance en lui, ça part à la guerre, au charbon, et peu importe contre qui, Américains ou pas.
Il y a maintenant en première division des quotas d’étrangers similaires à ceux en France, puisque chaque équipe peut avoir six étrangers. Mais même si tu as six Américains, tu auras aussi six Grecs, parce que ce sont des effectifs de douze. Alors qu’en France, tu auras six Américains, trois Français et un jeune pour faire le nombre. Et en Grèce, tu n’as aucun étranger en deuxième division, ça change aussi la donne.”

Supporters

De vrais fanatiques

Comment décrire l’ambiance d’un match du championnat grec ? Il suffit de lire les mots d’Angelo Tsagarakis. C’est comme si vous y étiez…

Angelo Tsagarakis
” C’est debout, torse nu, avec des fumigènes, ça chante avec le cœur, les tripes “

“Bien sûr, l’ambiance dépend du club, mais de manière générale, les Grecs sont connaisseurs et amateurs. En France, les gens sont plutôt simples spectateurs, qui applaudissent, mais ne savent pas vraiment pousser dans les moments durs. Rares sont les endroits où il y a une réelle culture basket. Le Portel, c’est syma, mais à côté des grands clubs grecs, c’est gentillet. Limoges, OK, ça commence à être dans la culture du Top 4 grec. Mais ça reste en dessous d’Olympiakós, Panathinaïkós, Aris, AEK. Là, ça chante tout le match. D’ailleurs, des chants du Panathinaïkós servent d’inspiration aux kops de supporters limougeauds, qui ont par exemple repris le mythique Horto Magiko, c’est une très bonne idée.
Les fans de l’Aris sont dans le Top 10 en Europe. C’est fantastique. AEK, c’est très bon. Panathinaïkós et Olympiakós, les gens ne viennent pas forcément contre les petites équipes mais pour les grands matches. PAOK également. Ces clubs ont une présence fanatique dans toutes les villes. Avec Trikala, quand on a reçu l’AEK, la moitié de la salle était peinte en jaune et noir pour l’AEK, parce qu’il y a un kop de supporters de l’AEK basé à Trikala. Ce fanatisme, tu ne le retrouves que dans ces cinq clubs. Mais à Paniónios ou Péristéri, qui sont en D2, la base fanatique est en sommeil. Paniónios fait 500 spectateurs, mais s’ils reviennent sur le devant de la scène, boum, 2 500-3 000 d’un coup.
Tous ces clubs ont six, sept chansons différentes. C’est debout, torse nu, avec des fumigènes, ça chante avec le cœur, avec les tripes. Et les paroles… En France les gens auraient des crises cardiaques ! Ça insulte les mères, les ancêtres. Pas pour manquer de respect parce qu’ils sont méchants, c’est simplement leur rivalité. Quand Olympiakós affronte le Pana, ils disent que les mecs du Pana sont des homosexuels, et inversement. Un des chants de l’Aris, en français, ça donne : “Bande de pédés, tous vos darons sont fans de l’Aris, vos fans sont des rats, toute votre vie vous allez vous enfuir…” Un autre, de l’Aris pour le PAOK, c’est : “Tous les pères du PAOK ont un fils homosexuel et une fille prostituée qui se font prendre par derrière tous les jours de l’année”.
En France, on s’offusque quand Fekir, de Lyon, retire son maillot et le montre à la tribune de Saint-Étienne. Ici, c’est le basique du basique. Et si un mec fait ça, il y a émeute. La saison dernière, avec Trikala, contre l’AEK, il y a failli en avoir une. On menait, l’arbitre ne siffle pas une faute, puis deux, ça commence à avaler le sifflet. On finit par avoir deux lancers, je souris à mon coach. Des mecs, un peu bourrés, commencent à descendre des tribunes : “Pourquoi tu souris ? Espèce de fils de pute !” Déferlement d’insultes. Je les regarde, surpris, et je fais un geste bras balants, l’air de dire : “Pourquoi s’énerver les mecs ?” Et ça les énerve encore plus, ils insultent encore plus. Donc je les regarde et je m’attrape les couilles. Eh, je suis Grec aussi ! (Il rit) Ça les déchaîne. Kóstas Vasiliádis (de l’AEK) me dit : “À la fin du match, ne serre pas les mains, cours vers le tunnel”. Et de manière très classe, il m’a escorté, collé à moi, sa main sur ma tête, parce que 200 supporters étaient venus entourer le tunnel, prêts à aller vers notre équipe. Et tout ça pour AEK-Trikala, un match de championnat banal.”

Article extrait du numéro 14 de Basket Le Mag